La campagne « Oui, je le veux », portée par la ministre de la Jeunesse et Éveil patriotique, Grâce Kutino, en faveur du changement de la Constitution, continue de susciter des réactions et des interrogations dans l’espace public.
Dans une lettre ouverte, Dieumerci Matu Chub, journaliste, directeur général de Panza News RDC et correspondant de plusieurs médias, interpelle la ministre sur le cadre, le mandat et la méthodologie ayant conduit, selon elle, à la consultation de la jeunesse congolaise autour de la réforme constitutionnelle.
La ministre affirme avoir consulté des jeunes dans les 26 provinces de la RDC ainsi que dans la diaspora, et présente les résultats de cette démarche comme favorables au changement de la Constitution.
Pour Dieumerci Matu Chub, une telle initiative mérite toutefois davantage de précisions, compte tenu de la portée institutionnelle et politique de la question.
« Quelle jeunesse avez-vous réellement consultée ? »
Dans sa lettre ouverte, le journaliste demande notamment à la ministre de préciser l’identité des jeunes consultés, les critères de sélection, les modalités de consultation ainsi que la méthodologie utilisée pour parvenir aux conclusions présentées.
Il revient également sur une déclaration antérieure du porte-parole du gouvernement, Patrick Muyaya, selon laquelle la question du changement de la Constitution n’aurait pas été débattue au sein du gouvernement Suminwa.
Dieumerci Matu Chub demande dès lors de clarifier la nature exacte de la campagne : s’agit-il d’une démarche gouvernementale, d’une initiative propre au ministère de la Jeunesse ou d’une campagne à caractère politique ?
Pour lui, une consultation crédible devrait permettre à la jeunesse d’exprimer non seulement son adhésion, mais également ses réserves, ses interrogations et son éventuelle opposition au projet.
Liberté d’expression et cas Clovis Mutsuva
Le journaliste élargit également son interpellation aux conditions dans lesquelles les jeunes peuvent participer au débat public.
Il évoque notamment le cas de Clovis Mutsuva, interpellé à Beni en juillet et poursuivi devant la justice militaire. Selon des éléments rapportés par la presse, il est notamment poursuivi pour des faits présumés liés à la propagation de faux bruits.
Ses soutiens ont, pour leur part, dénoncé une procédure qu’ils estiment liée à ses prises de position publiques sur la situation sécuritaire et la gouvernance.
Pour Dieumerci Matu Chub, quelle que soit l’issue de cette procédure judiciaire, les droits de la défense doivent être garantis et les jeunes doivent pouvoir exprimer leurs opinions et critiquer l’action publique dans le respect de la loi.
« Une démocratie doit accepter les oui comme les non »
Au cœur de sa lettre ouverte figure également la question du pluralisme dans le débat sur la réforme constitutionnelle.
« Une démocratie ne se mesure pas uniquement à la capacité d’un gouvernement à obtenir des “oui”. Elle se mesure également à sa capacité à supporter les “non”, les critiques, les contradictions et les questions difficiles », écrit le journaliste.
Il appelle ainsi la ministre de la Jeunesse à favoriser un débat ouvert, dans lequel les jeunes favorables au changement constitutionnel puissent s’exprimer au même titre que ceux qui y sont opposés ou qui souhaitent obtenir davantage d’informations.
Sécurité, emploi et éducation : les autres priorités
Dieumerci Matu Chub rappelle également que les préoccupations de la jeunesse ne se limitent pas au débat constitutionnel.
Dans plusieurs régions du pays, particulièrement dans l’Est, les jeunes sont confrontés aux conséquences des conflits armés, aux déplacements de populations et aux violences contre les civils.
À cela s’ajoutent, selon lui, des préoccupations liées au chômage, à l’éducation, à la formation, à l’accès aux opportunités économiques et à la participation citoyenne.
Pour le journaliste, le débat constitutionnel devrait donc s’accompagner d’une réponse aux préoccupations concrètes auxquelles les jeunes sont confrontés au quotidien.
« Avant de demander à la jeunesse congolaise de dire “Oui, je le veux”, peut-être faudrait-il commencer par lui demander : “De quoi avez-vous réellement besoin ?” », écrit-il.
Pour une jeunesse libre de dire oui ou non
En conclusion, Dieumerci Matu Chub appelle à garantir aux jeunes la liberté de soutenir, de rejeter ou de questionner le projet de réforme constitutionnelle, sans intimidation ni représailles.
À ses yeux, l’enjeu dépasse la seule modification de la Constitution. Il concerne plus largement la place de la jeunesse dans le débat public et sa capacité à participer librement aux décisions qui engagent l’avenir de la République démocratique du Congo.
La rédaction

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