Politique : Modeste Bahati Lukwebo, stratège politique ou symbole d’une politique opportuniste en RDC ?(Décryptage)

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La trajectoire politique de Modeste Bahati Lukwebo remonte à l’époque de la Conférence nationale souveraine, une période charnière de la vie politique congolaise.

À cette époque, il occupait la fonction de vice-président de la société civile, alors que Tharcisse Loseke en assurait la présidence.
Durant la même période, Vital Kamerhe travaillait comme directeur de cabinet d’Étienne Tshisekedi, surnommé le « Sphinx de Limete ».

C’est dans ce contexte que Bahati Lukwebo fait ses premiers pas sur la scène politique nationale en tant que représentant de la société civile.

Du rapprochement avec le pouvoir à l’ancrage politique

Après cette première expérience, Modeste Bahati Lukwebo se rapproche du pouvoir politique et intègre le cercle de l’ancien président Laurent-Désiré Kabila.
Il crée alors un mouvement politique baptisé Alliance des forces patriotiques, qui évoluera par la suite pour devenir l’Alliance des Forces Démocratiques du Congo (AFDC). Cette formation deviendra l’un des alliés importants de Joseph Kabila, notamment après la période de transition politique dite du 1+4.

Au sein de la majorité présidentielle de l’époque, Bahati Lukwebo s’impose progressivement comme un acteur politique influent. Toutefois, ses positions ont souvent été perçues comme fluctuantes, notamment lorsqu’il estime que ses ambitions politiques ne sont pas suffisamment prises en compte.

La rupture avec le FCC et le rapprochement avec Tshisekedi

L’un des épisodes les plus marquants de son parcours intervient après les élections de 2018. À cette période, l’AFDC est membre du Front Commun pour le Congo (FCC), une plateforme politique proche de Joseph Kabila.

Estimant que cette coalition ne répondait plus à ses ambitions, notamment celle de devenir président du Sénat, Bahati Lukwebo décide de prendre ses distances avec le FCC et participe à la recomposition de la majorité politique autour du président Félix Tshisekedi en 2021.

Cette reconfiguration politique se déroule dans un climat de fortes tensions internes. Une partie des cadres de l’AFDC, conduite notamment par Néné Nkulu, conteste alors sa stratégie politique et critique sa manière de prendre certaines décisions sans consultation préalable.

De la présidence du Sénat au poste de deuxième vice-président

Malgré ces dissensions, Bahati Lukwebo parvient à négocier son intégration dans la nouvelle majorité présidentielle, l’Union sacrée de la Nation.

Grâce à ce repositionnement politique, il est finalement élu président du Sénat, en remplacement d’Alexis Thambwe Mwamba.

À l’approche du cycle électoral de 2023, Bahati Lukwebo tente de consolider son poids politique à travers la plateforme AFDC-A, qui se présente comme l’une des forces importantes au sein de la majorité, aux côtés notamment de l’Union pour la Démocratie et le Progrès Social (UDPS).
Cependant, les résultats électoraux ne lui permettent pas de conserver la présidence du Sénat. Il se voit finalement attribuer le poste de deuxième vice-président de la chambre haute, une fonction qui, selon plusieurs observateurs, ne correspond pas pleinement à ses ambitions politiques.

Une nouvelle polémique autour de la Constitution

En 2026, alors que le débat sur une éventuelle révision de la Constitution refait surface en RDC, Bahati Lukwebo se positionne publiquement contre cette initiative, bien qu’elle émane du président Félix Tshisekedi.

Selon lui, les difficultés que traverse le pays ne relèvent pas du texte constitutionnel, mais plutôt de la manière dont les dirigeants appliquent les lois.

Cette prise de position provoque des critiques au sein même de la majorité présidentielle. Plusieurs sénateurs membres de l’Union sacrée lui reprochent de ne pas s’être concerté avec ses partenaires politiques avant de rendre publique sa position.

Entre pragmatisme et opportunisme ?

Au fil des années, le parcours de Modeste Bahati Lukwebo illustre les recompositions permanentes de la scène politique congolaise.

Pour certains observateurs, il s’agit d’un stratège politique capable de s’adapter aux évolutions du paysage politique. Pour d’autres, ses repositionnements successifs relèveraient davantage d’une politique opportuniste.

La question reste donc ouverte : Modeste Bahati Lukwebo est-il un acteur politique pragmatique ou l’illustration d’une politique politicienne ?
Un débat qui continue d’alimenter les discussions au sein de la classe politique congolaise.

BIN

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