Le dossier Nathanaël Onokomba est en train de devenir le symbole le plus déplorable de la dérive judiciaire que traverse notre pays. Au-delà de l’homme, jeune opposant et président du mouvement « Le Congo Qui Inspire », c’est le droit congolais à la critique qui est aujourd’hui assis sur le banc des accusés.
Arrêté le 5 janvier 2026 à Kinshasa à l’issue d’une conférence publique, détenu d’abord dans un lieu tenu secret au Conseil National de Cyberdéfense (CNC) puis transféré à la prison militaire de Ndolo le 13 janvier, Nathanaël Onokomba n’a été informé des motifs de son arrestation que le 21 janvier, lors de sa première audition par l’Auditorat militaire supérieur. Sa défense dénonce depuis le premier jour des procès-verbaux signés sous pression et une détention irrégulière. 5915
Deux chefs d’accusation, deux opinions
Le Tribunal militaire de garnison de Kinshasa/Gombe a instruit deux infractions.
- L’apologie du terrorisme (Art. 206 du Code pénal militaire).
Le ministère public lui reproche une phrase lancée lors d’une émission : « Mieux vaut avoir une RDC sous colonisation qu’une RDC dirigée par Félix Tshisekedi. Nous sommes mille fois colonisés ». Pour l’Auditorat, ces propos constitueraient un soutien à l’AFC/M23. La défense a contesté et exigé la preuve de cette émission. f92c - La négation de crimes de guerre et crimes contre l’humanité (Art. 361 du Code du numérique).
C’est le cœur de l’affaire. Le 22 juin 2025, Nathanaël Onokomba publie sur son compte X : « Le Rwanda n’a jamais agressé la RDC, ni tué nos familles à l’Est, ni soutenu le M23. Il a plutôt mis en place un mécanisme de défense contre les FDLR soutenus par la RDC ». f92c
Interrogé, il a reconnu être l’auteur du tweet. Mais il a apporté une précision capitale que le parquet a volontairement omise : le tweet se terminait par un hashtag indiquant qu’il s’agissait d’une paraphrase de l’accord de paix signé à Washington entre la RDC et le Rwanda sous médiation américaine. f92c
Il l’a dit clairement à la barre : ce n’était pas son affirmation. C’était une citation sarcastique, une critique de ce qu’il considère comme un blanchiment du Rwanda dans cet accord. Comme l’a résumé son avocat Me Godefroid Mwanabwato : « il s’agissait d’un tweet qui a paraphrasé l’accord et que ce n’était pas une affirmation venant de lui ». Ses avocats rappellent que les éléments sur base desquels il est poursuivi « constituent des opinions librement exprimées dans le respect strict des droits et libertés garantis par la Constitution ». 5915e500
On a donc transformé une figure de style, l’ironie, en crime de génocide.
Une procédure qui vacille
Le malaise judiciaire est total. Après des mois de détention à Ndolo, le Tribunal militaire s’est finalement déclaré incompétent pour juger un civil non armé. Le dossier a été transmis au parquet près le Tribunal de Grande Instance de Kinshasa/Gombe pour instruction préjuridictionnelle. 4d38
Ce transfert, confirmé le 31 juillet par Me Gabriel Issamba, marque une nouvelle phase. La prévention d’apologie du terrorisme est tombée. Ne reste que l’article 361 du Code du numérique. L’opposant a été transféré à la prison centrale de Makala après 7 mois à Ndolo. 14d5
Et pourtant, malgré un acquittement prononcé par la juridiction militaire, il reste en détention. Le 11 septembre 2026, le TGI/Gombe siégeant en audience foraine à Makala devait examiner sa demande de mise en liberté provisoire. Elle a été rejetée, sans que la juridiction ne tranche la demande de mainlevée de détention. 930bbe41
La défense soulève aujourd’hui une question fondamentale de légalité : Nathanaël Onokomba serait détenu sans titre régulier, le mandat d’arrêt provisoire de janvier 2026 n’ayant pas été régularisé par la Chambre du conseil, en violation de l’article 31 du Code de procédure pénale. L’instruction au fond a été renvoyée au 18 septembre 2026. be41
Le véritable procès : faire taire
Voilà le fait déplorable. On n’instruit pas un crime. On instruit une opinion sur un accord de paix.
L’accord de Washington est un document public. Le critiquer, même avec sarcasme, même avec dureté, est un droit constitutionnel. Lorsque Martin Fayulu a déclaré « Libérez Nathanaël Onokomba! Laissez les jeunes s’exprimer. Les museler est une bataille perdue », il n’a pas défendu un ami politique, il a défendu un principe. d327
Vouloir interpréter un hashtag pour en faire un aveu de trahison, c’est avouer que l’on n’a pas d’argument juridique. Vouloir « juste lui faire taire » comme certains le murmurent dans les couloirs du pouvoir, c’est oublier que le silence imposé à un seul est le bruit de la peur imposé à tous.
La justice ne se fait pas par enlèvement, elle ne se fait pas par le CNC, elle ne se fait pas en effaçant un hashtag à charge. Si la RDC veut défendre sa souveraineté face au Rwanda, elle ne le fera pas en emprisonnant ceux qui dénoncent justement l’ambiguïté d’un accord avec Kigali.
Nathanaël Onokomba a eu le tort de parler fort. La justice aura le tort historique de vouloir le faire taire à tout prix. L’histoire retiendra que sous le prétexte de lutter contre l’apologie du terrorisme, on a créé un délit d’ironie contre un accord de paix.
La place d’un opposant qui tweete n’est pas à Makala. Sa place est dans le débat.
La Rédaction

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