RDC : La FIBIA remet en question l’efficacité des dialogues intercongolais

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La République démocratique du Congo est-elle condamnée à renouer périodiquement avec les dialogues politiques sans parvenir à instaurer une paix durable ? C’est la question soulevée par la Fondation Ibrahim Issa Alain (FIBIA), qui appelle à repenser profondément la manière dont les crises politiques et sécuritaires sont gérées dans le pays.

Dans une tribune intitulée « Le dialogue intercongolais : mère des désordres en RDC ? », la FIBIA estime que les différents processus engagés au cours des dernières décennies, notamment à Sun City, Goma, Addis-Abeba ou Nairobi, n’ont pas permis de mettre définitivement fin aux cycles de violences.

Selon cette organisation, ces initiatives ont souvent suscité de nouveaux espoirs avant de laisser place à la frustration, aux contestations et, dans certains cas, à la reprise des affrontements.

La fondation dénonce notamment ce qu’elle qualifie de « faux espoirs ». Les protagonistes se réunissent, signent des accords et donnent l’impression d’une sortie de crise, mais l’application des engagements resterait insuffisante.

« On rassemble les gens, on signe des accords, le pays respire trois mois. Puis rien n’est appliqué », déplore la FIBIA.

Autre inquiétude soulevée : le risque de récompenser la violence. Pour la fondation, l’intégration d’anciens acteurs armés dans les institutions après des épisodes de rébellion peut donner l’impression que la prise des armes constitue une voie d’accès au pouvoir.

« Prendre les armes devient le meilleur CV pour entrer au gouvernement », résume-t-elle.

La FIBIA estime par ailleurs que les dialogues ne devraient pas se limiter au partage du pouvoir. Ils devraient également s’attaquer aux causes profondes des crises congolaises, notamment la gestion des ressources naturelles, le trafic de l’or et du coltan, ainsi que la question de l’impunité et de la justice pour les victimes.

Pour l’organisation, tant que ces problématiques resteront en marge des négociations politiques, les accords risquent de produire uniquement des accalmies temporaires sans s’attaquer aux racines des conflits.

La FIBIA précise toutefois qu’elle ne rejette pas le principe du dialogue. Elle plaide plutôt pour « un vrai dialogue », centré sur la protection des populations civiles et la restauration durable de la paix.

Elle propose notamment qu’un processus de dialogue soit précédé d’un cessez-le-feu effectif, de mesures concrètes de protection des civils et de mécanismes de justice. Elle défend également le principe selon lequel le désarmement devrait précéder toute éventuelle intégration politique.

La fondation demande en outre que les violations des accords soient sanctionnées et que la population soit davantage associée aux discussions, au-delà des seuls responsables politiques et chefs des groupes armés.

Pour la FIBIA, le dialogue ne devrait donc plus être perçu comme un simple mécanisme de partage des responsabilités publiques.

« Tant que le dialogue sera un marché de partage du pouvoir, il restera la mère de tous les désordres », estime la fondation.

À travers cette prise de position, Me Ibrahim Issa Alain, défenseur des droits humains, analyste indépendant et président national de la FIBIA, appelle à repenser les mécanismes de règlement des crises en RDC.

Pour la fondation, le pays n’a pas besoin de nouveaux rendez-vous politiques destinés à calmer temporairement les tensions, mais d’un processus capable de garantir la sécurité des populations, la justice, le respect des engagements et une paix durable.

« Le Congo a besoin de paix, pas de spectacles. Le Congo a besoin de vérité, pas de promesses. »

Lelo

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