Le paradoxe est saisissant dans le groupement Malio, en chefferie des Bashu : des lignes électriques traversent plusieurs villages de cette entité, notamment pour alimenter la ville de Butembo, mais une partie des populations locales continue de vivre sans électricité.
À Butuhe, par exemple, l’unique source d’électricité de Katasohire est à l’arrêt depuis près de six mois, selon des témoignages recueillis sur place. Une situation qui pénalise fortement les activités économiques et les services de proximité.
Pour recharger un téléphone, une batterie ou accéder à certains services nécessitant de l’électricité, des habitants sont parfois contraints de parcourir de longues distances jusqu’à Butembo.
Germaine Masika en a récemment fait l’expérience. Venue notamment pour faire photocopier ses documents, elle a dû repartir faute d’électricité disponible sur place.
Des solutions alternatives coûteuses
Face à l’absence du courant, les habitants se tournent vers les panneaux solaires et les groupes électrogènes. Mais ces solutions restent difficiles d’accès pour de nombreux ménages et présentent leurs propres limites.
Pour Anceth Mbusa Muhesi, tenancier d’un salon de coiffure, l’absence d’électricité régulière complique directement son activité. Les groupes électrogènes nécessitent du carburant, tandis que les installations solaires peuvent se révéler moins performantes pendant les périodes de fortes pluies.
Le problème touche également les médias communautaires. À la radio La Voix de Malio, l’irrégularité de l’électricité affecte le fonctionnement de la station. Kasereka Grâce, l’un des journalistes, explique avoir été contraint de retourner aux activités champêtres faute de courant pour exercer son métier dans de bonnes conditions.
Le paradoxe des lignes qui traversent les villages
Au-delà des difficultés économiques, c’est surtout le sentiment d’injustice qui alimente la colère des habitants.
Plusieurs villages de Malio voient passer des infrastructures électriques destinées notamment à desservir Butembo, sans pour autant bénéficier directement de cette énergie.
Pour la société civile locale, cette situation pose la question de la prise en compte des communautés traversées par les infrastructures énergétiques.
Maître Maombi Kahongya, président de la Société civile Forces vives de la chefferie des Bashu, appelle ainsi les sociétés REED des Prêtres catholiques et Congo Full Power de Lapamanza à accorder une attention particulière à la desserte des populations locales.
Des habitants exigent leur raccordement
Cette revendication s’est matérialisée par des lettres collectives adressées aux responsables concernés les 17 et 18 août 2026.
Les habitants de Kanyatsi, Kimbya, Kisungu, Rwahwa, Muhila, Mambalé, Butuhe et Malepe réclament leur raccordement au réseau électrique.
Pour ces communautés, il devient difficilement acceptable de voir des lignes électriques traverser leurs villages alors que les populations environnantes continuent à vivre dans l’obscurité.
Les habitants préviennent qu’ils pourraient durcir leur position si aucune réponse concrète n’est apportée à leur demande.
Au-delà du raccordement, leur revendication pose une question essentielle d’équité dans l’accès à l’énergie : comment expliquer que des territoires producteurs ou traversés par des infrastructures électriques restent eux-mêmes privés d’électricité ?
La balle est désormais dans le camp des opérateurs concernés et des autorités compétentes, appelés à apporter des réponses à une population qui considère l’accès à l’électricité non seulement comme un facteur de développement économique, mais aussi comme un levier essentiel pour l’éducation, la communication et les services de proximité.
AMISI Jackson, de retour de Malio.

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