La justice sportive en République démocratique du Congo est une nouvelle fois au centre des critiques. Plusieurs décisions rendues avec plusieurs mois de retard relancent le débat sur la célérité des instances disciplinaires, alors que leurs conséquences peuvent directement affecter les clubs engagés dans les compétitions nationales.
Premier dossier emblématique : celui de l’AS Macomin de Manguredjipa, engagée en Ligue 2, zone Est B. Le 20 juillet 2026, la LINAFOOT a annulé les sept forfaits infligés au club lors de la phase aller du championnat. Cette décision fait suite à une enquête de la FECOFA ayant établi que le joueur Arsène Mulinda appartenait effectivement à l’équipe.
Les rencontres disputées face à l’AS Nyuki de Butembo, l’AC Capaco de Beni, l’US Socozaki de Butembo, le DC Virunga de Goma, l’AC Brésil de Goma, Étincelle de Butembo et l’AS Kabasha de Goma retrouvent ainsi leur validité.
Mais le recours introduit par Macomin remontait au 14 avril 2026. Le club aura donc attendu plusieurs mois avant d’obtenir une décision favorable, tout en subissant entre-temps les conséquences sportives des forfaits qui lui avaient été infligés.
Le cas Socozaki-Muungano
Autre dossier qui suscite la controverse : le litige opposant l’US Socozaki de Butembo à l’OC Muungano de Bukavu.
La Commission de discipline de la FECOFA a annulé la décision précédemment rendue par la LINAFOOT, donné gain de cause à l’OC Muungano, infligé un forfait de 3-0 à l’US Socozaki et ordonné un nouveau classement devant servir à déterminer les clubs promus en Ligue 1.
Mais cette décision est intervenue alors que l’US Socozaki avait déjà commencé à disputer les barrages d’accession à Kindu, dans la province du Maniema, à partir du 29 mai 2026. Le club venait notamment de s’incliner face à l’Étoile du Congo.
La notification de la FECOFA faisait suite à une requête de l’OC Muungano portant sur la qualification de plusieurs joueurs de Socozaki. Les vérifications auraient notamment révélé des irrégularités dans certains dossiers administratifs, conduisant à une révision du classement.
Des décisions qui arrivent trop tard ?
Au-delà du contenu des décisions, c’est surtout leur timing qui suscite l’incompréhension dans le milieu sportif.
Si des irrégularités sont établies, plusieurs observateurs s’interrogent sur les raisons pour lesquelles les verdicts interviennent après la fin de la phase régulière du championnat, voire pendant les barrages d’accession.
Une justice sportive rendue tardivement risque, selon ces observateurs, de priver certains clubs de la possibilité d’exercer pleinement leurs droits sportifs et de plonger les compétitions dans l’incertitude.
Le cas de l’OC Muungano illustre cette problématique. Même après avoir obtenu gain de cause sur le plan administratif et sportif, le club peut légitimement s’interroger sur le préjudice éventuellement subi. Une décision rendue après le début des barrages ne lui fait-elle pas perdre l’opportunité de disputer sa montée dans les délais initialement prévus ?
Ces différents dossiers mettent ainsi en lumière un défi majeur pour le football congolais : une justice sportive crédible doit être à la fois équitable et diligente.
Des décisions tardives, même juridiquement fondées, peuvent fragiliser la confiance des clubs, des joueurs, des supporters et de l’ensemble des acteurs du football envers les institutions chargées de garantir l’intégrité et la régularité des compétitions nationales.
AMISI Jackson, depuis Butembo

+ There are no comments
Add yours