Le débat autour du dialogue nationa.l continue de susciter des prises de position au sein de la classe politique congolaise. Dans une tribune consacrée à l’échange entre Christophe Lutundula et Delly Sesanga, Jean-Marie Kabemba estime que les divergences sur le troisième mandat ne devraient pas empêcher l’ouverture des discussions.
Selon lui, l’échange entre les deux responsables politiques démontre qu’il est possible de défendre des positions différentes tout en recherchant un terrain d’entente sur la méthode.
Delly Sesanga maintient notamment sa ligne rouge sur un éventuel troisième mandat, tandis que Christophe Lutundula propose à l’opposition de participer à la préparation du dialogue, notamment au sein du comité préparatoire, afin de contribuer à la définition de son format, de sa représentation et de son ordre du jour.
Pour Jean-Marie Kabemba, l’enjeu est donc de ne pas faire de l’accord sur le fond une condition préalable à la discussion.
Transformer les lignes rouges en sujets de discussion
L’auteur de la tribune considère que les consultations préparatoires pourraient permettre aux différentes composantes de définir ensemble le cadre du dialogue, sans demander à chacune d’abandonner ses convictions.
Il estime toutefois que cette logique doit être réciproque. Si l’opposition demande à la majorité de ne pas arriver au dialogue avec des conclusions arrêtées d’avance, elle devrait également éviter de considérer ses propres positions comme des conditions incontournables de participation.
« Une ligne rouge peut demeurer une conviction ferme sans devenir un obstacle à toute discussion », soutient-il en substance.
Jean-Marie Kabemba s’appuie sur la notion de « convergences parallèles », associée notamment aux enseignements tirés de la Conférence nationale souveraine, pour défendre l’idée que des acteurs politiques peuvent avancer ensemble sans être immédiatement d’accord sur leur destination finale.
La Constitution et la place du souverain primaire
La question constitutionnelle occupe une place importante dans cette réflexion.
Jean-Marie Kabemba rappelle que l’article 220 de la Constitution protège notamment la forme républicaine de l’État, le suffrage universel, le nombre et la durée des mandats du président de la République, ainsi que l’indépendance du pouvoir judiciaire et le pluralisme politique et syndical.
Il estime que ces protections doivent être prises en considération dans tout débat institutionnel.
Mais l’auteur pose également une interrogation sur la place du peuple congolais dans l’évolution des institutions : à qui appartient la Constitution et comment prendre en compte la souveraineté populaire à travers les générations tout en respectant les limites constitutionnelles ?
Pour lui, les consultations populaires annoncées dans le cadre du processus de dialogue devraient permettre d’écouter directement les citoyens sur des questions telles que la sécurité, la justice, la décentralisation, le système électoral, l’équilibre des pouvoirs ou encore le fonctionnement des institutions.
AFC/M23 : distinguer dialogue politique et négociations de paix
Autre point développé dans la tribune : la participation de l’AFC/M23 au dialogue national.
Jean-Marie Kabemba estime qu’il faut distinguer le dialogue politique national des mécanismes destinés à mettre fin à la guerre dans l’Est de la RDC.
Il reconnaît que la question soulevée par Delly Sesanga — savoir comment mettre fin à une guerre sans parler aux acteurs du conflit — mérite d’être entendue. Mais il estime que les négociations portant sur le cessez-le-feu, le désengagement, les questions humanitaires et les garanties de sécurité ne poursuivent pas nécessairement le même objectif que le dialogue politique national.
L’auteur considère ainsi que les deux processus peuvent avancer parallèlement, avec des acteurs et des cadres différents.
Il rappelle également que le Conseil de sécurité des Nations unies, dans sa résolution 2773 du 21 février 2025, avait condamné l’offensive du M23 avec le soutien des Forces de défense rwandaises et demandé notamment le retrait du M23 des territoires contrôlés ainsi que le retrait des forces rwandaises du territoire congolais.
Le précédent de 1996
Jean-Marie Kabemba établit par ailleurs un parallèle historique avec la crise de 1996 et l’avancée de l’AFDL vers Kinshasa, soutenue à l’époque par le Rwanda et des alliés régionaux.
Il s’interroge sur le précédent que constituerait, selon lui, l’octroi d’une place dans la détermination de l’avenir politique national à un mouvement armé soutenu de l’extérieur du seul fait de ses conquêtes territoriales.
Pour l’auteur, le règlement du conflit dans l’Est doit donc prendre en compte non seulement les groupes armés congolais, mais également la dimension régionale et la présence éventuelle de forces étrangères.
Appel à la prudence au sein de l’Union sacrée
La tribune adresse également un message aux acteurs de la majorité présidentielle.
Jean-Marie Kabemba estime que certaines déclarations peuvent compliquer les conditions nécessaires à l’ouverture du dialogue. Il évoque notamment les réactions de Nicolas Kazadi après la mobilisation de l’opposition et l’intervention de Steve Mbikayi autour de l’article 218 de la Constitution.
L’auteur relève que Steve Mbikayi avait évoqué l’hypothèse d’un « double déverrouillage » consistant à modifier ou supprimer d’abord l’article 220 avant d’envisager d’autres modifications constitutionnelles.
Pour Jean-Marie Kabemba, cette hypothèse juridique, même si elle peut être débattue, risque politiquement de renforcer les inquiétudes de ceux qui craignent que le dialogue ne conduise à une modification des règles relatives aux mandats présidentiels.
Il oppose cette approche à celle de Christophe Lutundula, qui consiste, selon lui, à rechercher d’abord un accord sur le cadre et la méthode du dialogue.
« Ne faisons pas avorter le dialogue avant qu’il ne commence »
En conclusion, Jean-Marie Kabemba appelle les différentes parties à préserver l’espace de discussion.
Pour lui, le dialogue national ne devrait appartenir ni à la majorité ni à l’opposition, mais au peuple congolais.
Son idée centrale repose sur une formule : les acteurs politiques peuvent ne pas être d’accord sur la destination tout en s’accordant sur le chemin permettant d’échanger.
Il invite ainsi l’opposition à clarifier les raisons qui l’amènent à lier sa participation au dialogue politique à celle de l’AFC/M23, tout en plaidant pour que la guerre dans l’Est soit traitée dans les cadres sécuritaires, diplomatiques, humanitaires et judiciaires appropriés.
« Les divergences ne disparaîtront pas. Mais elles peuvent cesser d’être des murs pour devenir des sujets de discussion », écrit-il.
Lelo | Investigateur.net

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