Au moment où certains acteurs politiques évoquent la perspective d’une modification de la Constitution de la République Démocratique du Congo, il est de notre devoir moral et citoyen de rappeler une vérité simple : La constitution n’est pas une priorité pour un peuple qui pleure ses morts.
À l’Est de notre pays dont au Nord-Kivu, au Sud-Kivu et en Ituri, des populations entières vivent depuis des années dans une tragédie silencieuse.
Les massacres se répètent, les villages se vident, les familles sont contraintes à l’exil sur leur propre terre.
Derrière les statistiques se cachent des vies brisées, des enfants sans avenir et des communautés plongées dans une insécurité permanente.
Face à cette réalité, le débat constitutionnel ne peut devenir un refuge politique ni une diversion nationale. La première Constitution d’un État est la protection de la vie humaine.
Comme avocat engagé dans la défense des droits humains et dans la protection des peuples, je considère qu’il existe aujourd’hui une responsabilité morale et historique qui incombe à chaque dirigeant congolais : celle de replacer la sécurité des populations au cœur de l’action publique.
La Constitution appartient au peuple congolais. Elle ne peut être abordée dans un climat d’intolérance politique ou de crispation institutionnelle.
Elle doit rester un socle de stabilité et non devenir un objet de polarisation nationale.
Plus grave encore, l’Est de la République ne peut continuer à être perçu comme une périphérie sacrifiée.
La paix à Beni, à Bunia, à Goma, à Bukavu ou à Butembo n’est pas une question régionale ; c’est une question de souveraineté nationale.
Il est également essentiel de rappeler un principe fondamental : l’armée de la République n’a pas été créée pour nourrir une économie de guerre. Sa mission est claire et non négociable : défendre l’intégrité du territoire, protéger les citoyens et restaurer l’autorité de l’État là où elle est menacée.
Aujourd’hui, la Nation attend des réponses concrètes :
une restructuration réelle des capacités opérationnelles de nos forces de défense ;
une stratégie claire et cohérente pour mettre fin aux massacres ;
une solidarité nationale assumée envers les populations de l’Est.
L’histoire jugera notre génération sur une seule question : avons-nous été capables de protéger notre peuple lorsque celui-ci était menacé ?
J’en appelle à la vigilance citoyenne et à la responsabilité des institutions. La République ne se consolidera pas par des débats institutionnels détachés de la réalité du terrain, mais par la restauration de la sécurité, de la justice et de la dignité pour chaque Congolais.
La paix dans l’Est n’est pas une faveur que l’on accorde à une région.
C’est une dette de la Nation envers son propre peuple.
Graciano Nguomoja

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