Kasaï Central : La malnutrition atteint un seuil critique

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La situation nutritionnelle se détériore dangereusement dans la province du Kasaï Central, au centre de la République démocratique du Congo. Les autorités sanitaires alertent sur une progression inquiétante de la malnutrition, qui menace la survie et l’avenir de milliers d’enfants de moins de cinq ans.

Selon le Programme National de Nutrition (PRONANUT) du Kasaï Central, la province enregistre un niveau particulièrement élevé de malnutrition aiguë globale, avec des taux qui dépassent régulièrement le seuil d’alerte de 10 % dans plusieurs zones de santé. Plus préoccupant encore, la malnutrition chronique, responsable du retard de croissance, touche près d’un enfant sur deux âgé de moins de cinq ans.

Derrière ces statistiques se cachent des milliers d’enfants dont le développement physique et intellectuel est gravement compromis. Sans une prise en charge rapide et durable, beaucoup risquent de succomber aux conséquences de cette crise silencieuse.

Dans un entretien accordé à Investigateur.net ce mardi 14 juillet 2026, la coordonnatrice ad intérim du PRONANUT Kasaï Central, Marie Claire Ntumba, attribue cette situation à plusieurs facteurs, notamment l’insécurité alimentaire des ménages, les mauvaises pratiques d’alimentation, les maladies récurrentes, la pauvreté ainsi que certaines barrières socioculturelles.

Elle indique que les zones de santé de Bobozo, Lubunga, Demba et Mutoto figurent régulièrement parmi les plus touchées lors des enquêtes nutritionnelles, apparaissant en permanence dans la catégorie des zones les plus à risque.

Face à cette urgence, le PRONANUT affirme intensifier les interventions sur le terrain.

« Chaque jour, une véritable chaîne de solidarité est à l’œuvre. Nous assurons la prise en charge nutritionnelle et médicale des enfants, le dépistage communautaire ainsi que des campagnes de sensibilisation. Nous organisons également des démonstrations culinaires afin d’apprendre aux mamans à préparer des bouillies enrichies à partir de produits locaux, disponibles et peu coûteux », explique Marie Claire Ntumba.

Malgré ces efforts, les défis restent considérables. La responsable du programme cite notamment l’enclavement des zones d’intervention, conséquence du très mauvais état des routes de la province, qui complique l’acheminement des intrants nutritionnels depuis Kananga vers les territoires les plus reculés. À cela s’ajoutent les ruptures de stocks et le taux élevé de rechute des enfants pris en charge.

Pour elle, une réponse durable passe également par la lutte contre la pauvreté structurelle, qui replonge de nombreux ménages dans l’insécurité alimentaire et favorise les récidives de malnutrition.

Profitant de cette tribune, Marie Claire Ntumba a lancé un appel aux mères du Kasaï Central à adopter des pratiques nutritionnelles et sanitaires susceptibles de protéger leurs enfants.

Elle recommande l’allaitement maternel exclusif de la naissance jusqu’à l’âge de six mois, avant d’introduire une alimentation complémentaire enrichie avec des produits locaux tels que la pâte d’arachide, la poudre de chenilles séchées ou encore les feuilles de manioc finement broyées. Elle insiste également sur le respect des règles d’hygiène, notamment le lavage des mains avant la préparation des repas et avant de nourrir les enfants.

Enfin, elle invite les parents à consulter immédiatement le centre de santé le plus proche dès qu’un enfant présente une perte de poids, un affaiblissement ou un gonflement des pieds, rappelant que la prise en charge de la malnutrition est gratuite dans les structures sanitaires habilitées.

Au Kasaï Central, où près d’un enfant sur deux souffre déjà d’un retard de croissance, les professionnels de santé estiment qu’une mobilisation plus importante des autorités, des partenaires humanitaires et des communautés est devenue indispensable pour éviter que cette crise nutritionnelle ne se transforme en catastrophe humanitaire.

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