L’opposition congolaise a décidé de passer à l’offensive. Face à ce qu’elle décrit comme une dérive autoritaire du régime de Félix Tshisekedi, les principaux leaders anti-pouvoir ont choisi l’union pour déclencher la bataille contre toute perspective de changement de la Constitution. Réunis mardi 19 mai dans une atmosphère électrique au Collège Boboto, Martin Fayulu, Jean-Marc Kabund, Delly Sesanga, Moise Katumbi et Matata Ponyo ont lancé la plateforme C-64 pour faire échec aux ambitions politiques de Tshisekedi. Une démonstration de force portée par des militants survoltés scandant « Tshilombo mandat esili ! », dans une salle totalement acquise à l’opposition.
Le décor donnait déjà le ton d’un affrontement appelé à prendre de l’ampleur. Bien avant le début de la cérémonie, les alentours du Collège Boboto étaient saturés de militants, de cadres politiques, de sympathisants et curieux venus assister au lancement officiel de la plateforme C-64 pour la défense de l’ordre constitutionnel. La grande salle a rapidement affiché complet. À l’intérieur, l’atmosphère était suffocante. Les drapeaux des partis de l’opposition flottaient dans tous les sens pendant que les slogans hostiles au régime faisaient trembler l’enceinte.
Dans une clameur assourdissante, les militants scandaient : « Tshilombo mandat esili, oyebela ! » « Pas de troisième mandat ! » « Touche pas à la Constitution ! ». Par moments, les chants couvraient presque les interventions des orateurs. Le Collège Boboto s’est transformé en véritable bastion anti-Tshisekedi, dans une ambiance mêlant colère militante et démonstration de puissance populaire.
L’opposition enterre ses divisions
Pendant longtemps, les figures de l’opposition congolaise ont évolué en ordre dispersé, laissant au pouvoir un avantage considérable. Rivalités personnelles, ambitions concurrentes et divergences stratégiques avaient souvent empêché la constitution d’un véritable front commun contre le régime.
Mais cette fois, les opposants semblent avoir compris qu’une bataille menée séparément risquait d’affaiblir leur camp face à la machine politique de Félix Tshisekedi. La présence simultanée de Martin Fayulu, Jean-Marc Kabund et Delly Sesanga dans la salle symbolisait déjà cette volonté de convergence.
Le parti Ensemble pour la République de Moïse Katumbi était représenté par son secrétaire général Dieudonné Bolengetenge. Le LGD de Matata Ponyo avait dépêché Franklin Tshamala. Autour d’eux gravitait une multitude de partis, mouvements et organisations entre autres les FONUS avec l’imperturbable Émery Okundji, l’ADD-Congo représenté par son battant leader Prince Epenge, le MSR, le RDR, les Bâtisseurs, l’Action nouvelle, le Jirec, le MRC, l’Alternative crédible et plusieurs autres structures ayant toutes signé la déclaration commune. À travers cette coalition, l’opposition tente désormais de présenter un bloc compact face au pouvoir en place.
Une déclaration incendiaire contre le régime
Le cœur de la cérémonie demeurait cependant la lecture de la déclaration politique. Un texte extrêmement sévère contre le pouvoir accusé de conduire le pays vers une dérive dangereuse. Dès les premières lignes, les signataires dressent un tableau sombre de la situation nationale. Ils évoquent : l’insécurité persistante dans l’est du pays ; les massacres des populations civiles ; les déplacements massifs ; l’affaiblissement des institutions ; les arrestations arbitraires ; les atteintes aux libertés fondamentales et la souffrance sociale grandissante.
Mais le passage le plus virulent vise directement les ambitions supposées du chef de l’État. Les opposants accusent Félix Tshisekedi de nourrir un « projet de coup d’État constitutionnel pour la perpétuation de son régime ». Ils estiment que le pouvoir chercherait à maintenir un état de crise permanente afin de préparer un changement de la Constitution.
À haute voix, la coalition dénonce également des détournements massifs de deniers publics ; la corruption généralisée ; le clientélisme ; le tribalisme ; la prédation des ressources publiques et les restrictions des libertés fondamentales. L’opposition accuse le régime d’entretenir une milice privée et partisane à travers les Forces du progrès et d’avoir mis en place une police politique via le Conseil national de cyberdéfense.
L’article 64 brandi comme arme politique
Toute la stratégie de la plateforme C-64 repose sur l’interprétation de l’article 64 de la Constitution congolaise. Les opposants considèrent cette disposition comme un devoir constitutionnel de résistance face à toute tentative de violation de l’ordre établi par la Constitution du 18 février 2006.
À plusieurs reprises, les ténors de la plateforme ont insisté sur les articles 70 et 220 de la Constitution qui verrouillent, selon eux, la limitation du mandat présidentiel à cinq ans renouvelable une seule fois. Dans cette déclaration particulièrement offensive, ils soutiennent que toute tentative de révision destinée à contourner cette limitation constituerait un renversement de l’ordre constitutionnel. Pour la coalition, un tel objectif reviendrait à commettre un acte de haute trahison.
L’opposition rejette ainsi la proposition de loi référendaire initiée à l’Assemblée nationale. Le texte est qualifié de « ruse cynique destinée à briser les verrous de la loi fondamentale ».
Les leaders de la plateforme refusent catégoriquement tout scénario de glissement électoral. « Aucune circonstance sécuritaire, sanitaire ou diplomatique ne servira de prétexte au glissement du mandat présidentiel. Il n’y aura pas de troisième mandat pour Félix Tshisekedi, ni un changement de la Constitution », ont-ils averti.
Immédiatement, une vague de cris, de sifflets et d’applaudissements a traversé l’enceinte. Des militants debout sur les chaises agitaient leurs drapeaux pendant que d’autres reprenaient les slogans anti-régime dans une euphorie militante spectaculaire.
Une opposition qui veut rallumer la rue
Au-delà du discours et des avertissements, cette cérémonie avait aussi l’allure d’un appel à la mobilisation populaire. L’opposition mise désormais sur la rue pour contraindre Tshisekedi à rejeter son projet. Les références répétées à l’article 64, les appels à défendre la Constitution et les allusions aux martyrs de la démocratie traduisent clairement cette volonté de réveiller la contestation populaire.
À travers cette prise de position, les membres de la coalition ont rendu hommage à Rossy Mukendi, Thérèse Kapangala ainsi qu’aux autres martyrs de la liberté, présentés comme des symboles de la résistance démocratique. Les signataires affirment vouloir reprendre la flamme du combat et tentent aujourd’hui de fédérer toutes les frustrations autour d’un thème central : la défense de la Constitution et le rejet catégorique de tout projet de troisième mandat.
Reste maintenant à savoir si cette union survivra aux intérêts divergents, aux ambitions personnelles et aux calculs électoraux qui ont souvent divisé l’opposition congolaise par le passé.

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