À l’occasion de la Journée mondiale des enfants vivant dans la rue célébrée le 12 avril 2026, un constat préoccupant s’impose dans la ville de Butembo, à l’est de la République démocratique du Congo. Le phénomène des enfants en situation de rue, communément appelés « Chegues », connaît une recrudescence inquiétante.
Lors d’une descente effectuée au centre-ville, l’activiste des droits de l’enfant Reagan Kambale Bangahe a observé de nombreux enfants, parfois très jeunes, vivant dans des conditions de grande précarité. Livrés à eux-mêmes, ces derniers sont confrontés à des réalités difficiles, tant sur le plan moral que sanitaire.
Selon lui, plusieurs de ces enfants ont été chassés de leur foyer familial, tandis que d’autres ont fui la pauvreté extrême ou des situations familiales instables. « Quand la famille rejette, la rue récupère », déplore-t-il, pointant une défaillance à la fois familiale et institutionnelle.
Exposés à la drogue, à l’alcool et à diverses formes de violence, ces enfants survivent grâce à de petites activités informelles, voire à des actes de vol. Sans abri, ils passent leurs nuits dans des maisons inachevées ou dans des espaces de fortune, une situation qu’il qualifie de critique.
Les témoignages recueillis révèlent des causes récurrentes : sanctions familiales jugées excessives, faim, absence de repères parentaux, mais aussi conséquences des conflits armés ayant entraîné des déplacements de populations. « Certaines causes relèvent de l’irresponsabilité des parents, mais aussi de l’insuffisance de l’intervention de l’État », souligne l’activiste.
Malgré ce tableau sombre, Reagan Kambale Bangahe estime qu’une réinsertion reste possible, soit par le retour en famille lorsque cela est envisageable, soit à travers des structures d’encadrement adaptées.
Face à cette urgence sociale, plusieurs recommandations sont formulées. Le collectif appelle notamment l’État congolais à mettre en place des centres d’accueil, de garde et de rééducation pour les enfants non accompagnés à Butembo. Les familles sont, quant à elles, invitées à assumer pleinement leur rôle de protection, tandis que la communauté est encouragée à se mobiliser pour endiguer ce phénomène.
Sans une réponse rapide, coordonnée et durable, préviennent les acteurs de la société civile, c’est l’avenir de toute une génération qui pourrait être gravement compromis.
Par AMISI Jackson, depuis Butembo

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