Alors que l’insécurité persiste dans l’Est de la République démocratique du Congo, une voix citoyenne tente de déplacer le centre du débat public.
À rebours du discours dominant axé sur la dénonciation de l’ingérence rwandaise, ce libre penseur plaide pour une lecture davantage centrée sur les responsabilités internes congolaises dans la durée du conflit.
D’entrée de jeu, l’auteur de cette prise de position prévient :
« Avant de m’insulter, lisez jusqu’au bout », affirmant vouloir s’exprimer « sur des faits, pas sur des slogans ni des émotions instrumentalisées ».
« La dénonciation n’a jamais sauvé une vie »
Pour lui, condamner l’agression extérieure ne saurait constituer une réponse suffisante à la crise sécuritaire.
« Aucun Congolais n’ignore ce qui se passe à l’Est. Ce n’est ni un secret ni une révélation. Alors pourquoi exiger la dénonciation au lieu d’exiger des solutions ? », interroge-t-il.
Il rappelle que, de l’ère de Mobutu Sese Seko à celle de Laurent-Désiré Kabila, puis de Joseph Kabila jusqu’au mandat actuel de Félix Tshisekedi, déclarations officielles, condamnations diplomatiques et résolutions internationales se sont multipliées sans parvenir à mettre fin durablement aux violences.
Selon lui, croire que la paix viendra exclusivement de pressions occidentales ou de nouvelles dénonciations relève d’« une illusion dangereuse ».
Il compare la situation à un conflit conjugal : sans volonté de réconciliation des parties directement concernées, toute médiation extérieure reste fragile.
Des failles internes comme facteur aggravant
L’auteur développe ensuite une lecture plus introspective du conflit.
Il estime que la capacité d’influence du Rwanda et de son président Paul Kagame s’explique aussi par les vulnérabilités internes de la RDC.
« Kagame n’est fort que parce que des Congolais ont ouvert les brèches », affirme-t-il, évoquant pêle-mêle la corruption, la mauvaise gouvernance, les rivalités politiques et la fragmentation de l’appareil sécuritaire.
Dans cette logique, il soutient que la guerre serait devenue, pour certains acteurs, « un business, une rente politique, un alibi pour masquer l’échec de gouvernance ».
Il invite, à ce propos, à relire l’ouvrage Ces imbéciles qui nous gouvernent de André Satini, qu’il considère comme éclairant sur les racines internes des crises politiques congolaises.
Refuser le bouc émissaire unique
Sans nier les responsabilités extérieures, l’auteur dit refuser une lecture reposant exclusivement sur la culpabilité rwandaise.
« Devons-nous exiger de Kagame la paix que nos propres dirigeants sont incapables d’assurer ? » questionne-t-il.
Il évoque notamment la pression sécuritaire persistante sur des villes comme Goma ou Bukavu, ainsi que le maintien de plusieurs zones sous contrôle de groupes armés malgré les promesses répétées de pacification.
Selon lui, la dénonciation du Rwanda serait devenue, chez certains responsables politiques, « une fiche de poste », un discours institutionnel récurrent qui ne s’accompagne pas toujours de réformes structurelles profondes.
Un plaidoyer pour la cohésion nationale
Se présentant comme « ni politicien ni militant de circonstances », l’auteur affirme parler « pour le Congo, pas pour le Rwanda ».
Il appelle à privilégier la cohésion nationale, le vivre-ensemble, la vérité sur les responsabilités internes et le dialogue entre Congolais.
« Les causes de cette guerre sont connues, les acteurs se connaissent. La paix ne viendra ni d’une indignation sélective ni d’un bouc émissaire régional », soutient-il, plaidant pour un courage politique capable d’assumer les réformes nécessaires.
Dans un débat public souvent dominé par l’émotion, cette prise de position entend ainsi déplacer le centre de gravité de la réflexion : moins vers l’accusation extérieure, davantage vers l’introspection nationale et la refondation de la gouvernance sécuritaire.

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