Juriste et libre penseur, Claude Baziluka estime que la responsabilité de la communauté internationale dans la crise persistante des Grands Lacs mérite d’être réexaminée, notamment à la lumière des événements survenus après le génocide rwandais de 1994.
Dans son analyse, il revient sur les décisions prises à l’époque et leurs conséquences sur l’évolution de la situation sécuritaire dans la région, particulièrement dans l’est de la République démocratique du Congo.
Selon Claude Baziluka, l’appel lancé au Zaïre pour ouvrir ses frontières aux populations rwandaises fuyant le génocide répondait à une nécessité humanitaire. Toutefois, estime-t-il, cette mesure aurait dû être accompagnée de mécanismes de sécurité permettant notamment d’identifier, de désarmer et de séparer les éléments armés des populations civiles.
Il rappelle que des militaires de l’ancien régime rwandais ainsi que des personnes impliquées dans le génocide se sont retrouvés parmi les réfugiés. Pour lui, l’absence d’un dispositif suffisamment efficace de désarmement a contribué à transformer progressivement certains camps de réfugiés en foyers de tensions et d’activités armées.
Une crise humanitaire devenue problème sécuritaire
Cette situation, poursuit le juriste, a contribué à l’enracinement d’une crise sécuritaire dépassant progressivement les frontières du Zaïre.
Lorsque Kinshasa a ensuite demandé le retour des réfugiés rwandais dans leur pays d’origine, aucune solution durable n’aurait été trouvée, selon son analyse. Cette question est ainsi restée au cœur des tensions entre le Rwanda et le Zaïre, puis la RDC.
Claude Baziluka considère que cette absence de règlement constitue l’un des éléments permettant de comprendre la dynamique qui s’est installée à partir de 1996.
Depuis lors, la présence de groupes armés rwandais dans l’est de la RDC est régulièrement invoquée par Kigali pour expliquer ses préoccupations sécuritaires et ses interventions dans la région.
Le juriste estime toutefois que cette question ne peut servir de justification permanente à la déstabilisation du territoire congolais. Il souligne également que les responsabilités dans les différents conflits ayant frappé la RDC sont multiples et impliquent des acteurs nationaux et régionaux.
Quelle responsabilité pour la communauté internationale ?
Au cœur de son analyse, Claude Baziluka pose donc une question : la communauté internationale, qui avait appelé le Zaïre à ouvrir ses frontières dans l’urgence de 1994, a-t-elle suffisamment assumé les conséquences de cette décision ?
Pour lui, le défaut de désarmement des éléments armés, l’absence d’une solution durable concernant le retour des réfugiés et l’incapacité à s’attaquer aux causes profondes de la crise ont contribué à installer une situation dont la RDC continue de subir les conséquences.
Cette lecture ne dédouane pas pour autant les différents acteurs directement impliqués dans les conflits de la région. Elle invite plutôt, selon Claude Baziluka, à intégrer également la responsabilité des puissances et organisations internationales dans l’analyse historique de la crise des Grands Lacs.
Plus de trois décennies après le génocide rwandais, cette réflexion remet ainsi au centre du débat la question des causes profondes des conflits dans la région et des conditions nécessaires à une paix durable.
Pour Claude Baziluka, tant que les dimensions historiques, sécuritaires, politiques et régionales de cette crise ne seront pas traitées simultanément, la stabilité de l’est de la RDC restera difficile à consolider.
« Mambote ma n’didi. »
Lelo

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