Opposés après la dernière rencontre à Genève en 2018, à quelques jours de la présidentielle, les deux frères rivaux sont désormais réunis pour une cause commune : la défense de la République démocratique du Congo.

Après cette présidentielle, alors que Félix Tshisekedi était proclamé vainqueur, Martin Fayulu continua à revendiquer la vérité des urnes, prétendant être le président élu depuis le premier quinquennat de Félix Tshisekedi. Depuis lors, le leader de l’ECIDé n’a jamais cru à son ancien allié, considéré comme vainqueur de l’élection présidentielle, bien qu’accepté par la communauté internationale et les instances nationales.

Qu’est-ce qui pourrait réunir Félix Tshisekedi et Martin Fayulu ? Est-ce pour l’intérêt général, c’est-à-dire la mère patrie, comme certains le pensent ? La thèse reste difficile à affirmer.
Tenez, il y a peu, Martin Fayulu et l’ensemble de l’opposition avaient opté pour une coalition avec Joseph Kabila, Moïse Katumbi, Delly Sessanga, Augustin Matata Ponyo et d’autres, afin de former un bloc de l’opposition souhaitant un dialogue entre Congolais sous la médiation de l’Église catholique et de l’ECC. Selon l’esprit de leur communiqué commun, le problème de la RDC réside entre les Congolais et non avec les étrangers.

Suite à ce communiqué, Joseph Kabila avait entamé des consultations à l’Est de la RDC, ce qui, selon certaines analyses, implique sa participation au mouvement M23 et, par ricochet, le fait d’être le véritable patron de l’AFC-M23, dont Corneille Naanga est le coordinateur, comme l’a annoncé le président de la République dans l’une de ses interviews.
Considérant ce mariage contre nature, Martin Fayulu décide de se désolidariser de cette coalition avec Kabila, l’impliquant dans la paternité de l’AFC-M23. Dès lors, cet opposant farouche à Tshisekedi a décidé de rencontrer le chef de l’État, prêt à mourir pour le pays si besoin. Ce jeudi dernier, on a pu voir Fayulu et Tshisekedi se serrer la main avec le sourire. L’objectif reste de former le camp de la patrie.

La question épineuse demeure : ce ralliement entre Fayulu et Tshisekedi est-il une opportunité ou une faveur accordée à celui qui s’opposait à lui et à sa légitimité ? Félix Tshisekedi a-t-il accepté cette demande de Fayulu pour renforcer son pouvoir et partager le bilan de sa gouvernance à la tête du pays ? Oui, cette thèse est soutenue par une certaine opinion, mais d’autres l’excluent.
Fayulu est-il le dauphin de Tshisekedi ? Accepterait-il de rejoindre les institutions au nom de la cohésion nationale ? Le leader de l’ECIDé a affirmé que ces questions n’ont pas été abordées lors de leur échange. Mais l’opinion pense autrement.
Autant de questions qui se posent, mais seule l’histoire pourra départager ceux qui en doutent. Si Félix Tshisekedi accepte le dialogue de la CENCO et des pasteurs de l’ECC, sera-t-il obligé d’accepter les revendications du M23-AFC, actuellement en discussion à Doha, qui souhaitent la levée des sanctions contre leurs responsables, dont Corneille Naanga, condamné à mort, Bertrand Bisimwa et Joseph Kabila qui s’ajoutent à cette liste ? Dans le cas contraire, le schéma utilisé par ces protagonistes, dont Kabila et Naanga, prendra le dessus, et le cercle sera infernal, tout tournerait en rond. Conséquence : seul le peuple subira la mésaventure de ses dirigeants.
Si Fayulu accepte de sauver le Congo, qu’en est-il alors de Moïse Katumbi, qui se trouve à l’extérieur du pays ? Ce dernier n’a jusqu’à présent pas élevé la voix contre le pays agresseur. Katumbi reste sans position, entre rejoindre le camp du salut ou demeurer avec celui qu’il a qualifié en 2016 de Judas.

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