RDC–Rwanda : Enfin un accord de paix, mais la vraie bataille commence maintenant (Tribune du journaliste Alex Diya)

Estimated read time 5 min read

Il y a des signatures qui résonnent comme des promesses, et d’autres comme des avertissements.
L’accord de paix signé entre la République démocratique du Congo et le Rwanda appartient, à mes yeux, aux deux catégories. Promesse d’un avenir apaisé, mais avertissement quant au poids immense de la responsabilité qui repose désormais sur les dirigeants des deux pays.

Depuis trois décennies, l’Est de la RDC est devenu le théâtre d’une tragédie qui n’en finit pas. Une succession de groupes armés, d’interventions directes ou indirectes, de cycle de violences et de méfiance où la population civile paie, toujours, le plus lourd tribut.
Aujourd’hui, un texte ambitieux, rigoureux et pour une fois contraignant, vient tenter d’en briser la logique.
Mais un accord n’est pas la paix. Il n’en est que la préface.

Un accord qui change la donne

Ce document n’est pas un énième engagement diplomatique aux formulations vagues.
Il fixe un calendrier, des obligations vérifiables, des mécanismes de surveillance et une architecture sécuritaire partagée. Pour la première fois, Kigali et Kinshasa acceptent de se soumettre à un mécanisme conjoint de sécurité, avec la présence d’observateurs internationaux.C’est inédit. C’est audacieux. C’est risqué.

L’accord met clairement l’accent sur deux priorités :

-La neutralisation des FDLR, dont la présence en RDC constitue un argument politique et militaire récurrent dans les relations bilatérales;

-Le désengagement des forces rwandaises sous toutes leurs formes, directes ou indirectes.

Ces deux engagements, s’ils sont exécutés sincèrement, pourraient redéfinir durablement la sécurité dans les Kivu.

Le courage politique : l’ingrédient le plus rare

Mais qu’on ne s’y trompe pas: le texte est solide, mais la confiance, elle, reste fragile.
Les deux capitales se connaissent trop bien pour ignorer les risques de dérapage, d’interprétation divergente ou de rupture unilatérale.

L’histoire de la région nous a déjà appris que :

-les alliances peuvent se retourner,

-les engagements peuvent s’effriter,

-et que les intérêts politiques internes peuvent l’emporter sur la logique de paix.

C’est pourquoi cet accord exige avant tout une volonté politique réelle, courageuse, constante. Pas seulement aujourd’hui, mais dans six mois, dans un an, dans cinq ans.

La population mérite mieux que des promesses

Il suffit de marcher dans les camps de déplacés de Masisi, de Rutshuru ou de Nyiragongo pour comprendre à quel point la lassitude s’est installée. Lassitude de fuir. Lassitude d’espérer. Lassitude de compter les morts.

Ceux qui signent les textes depuis des bureaux capitonnés oublient parfois que derrière chaque virgule se joue la vie de milliers de familles. Cet accord doit être plus qu’une feuille de papier. Il doit devenir un outil concret de changement :

-retour des réfugiés;

-accès humanitaire garanti;

-protection réelle des civils;

-justice pour les victimes;

-rétablissement de l’autorité de l’État.

Les Congolais ne veulent pas de discours: ils veulent rentrer chez eux.

L’économie comme champ de bataille décisif

L’un des éléments les plus prometteurs du texte est son volet économique. Une coopération sur les minerais, l’énergie, les infrastructures, la gestion du lac Kivu. C’est une orientation nouvelle : reconnaître que la paix ne sera durable que si elle repose sur des intérêts partagés et transparents, et non sur des économies de guerre.

Mais là aussi, tout dépendra de la volonté de rompre avec les réseaux parallèles, avec les trafics qui ont fait la fortune de certains et le malheur de toute une région.

Ma conviction : la paix n’est possible que si l’on accepte de la fabriquer

Je n’ai pas la naïveté de croire qu’un accord suffit.
Je sais que les groupes armés, les ambitions régionales, les rivalités politiques et les fractures communautaires ne disparaîtront pas parce que deux stylos ont glissé sur du papier.

Mais je crois, profondément, que la paix est un choix.
Un choix difficile, imparfait, vulnérable. Un choix qui doit être renouvelé chaque jour.

Cet accord offre une opportunité historique.
Et j’ose le dire : peut-être la dernière avant un effondrement que personne ne pourrait contrôler.

Aux dirigeants de prouver que la paix n’est pas un slogan

En tant que journaliste, mais aussi en tant que témoin du vécu des populations de l’Est, je veux rappeler une évidence: la paix n’est pas un événement. C’est un processus. Un processus exigeant, lent, mais indispensable.

Aujourd’hui, RDC et Rwanda ont ouvert une porte. Aux dirigeants désormais de la franchir.

À la communauté internationale d’accompagner. Et à nos peuples de rappeler, chaque jour, que la guerre n’est plus une option.

La vraie bataille commence maintenant: fabriquer la paix, la défendre, la protéger.

La Rédaction

+ There are no comments

Add yours